l'écrivoire

30 septembre 2013

En retard... (partie 8 : l'atelier d'écriture)

Atelier du 03/07/2013

 

Personnage choisi : Thésard en psychologie

 

Synthèse de la thèse de psychologie de monsieur F. D. « La personnalité de l’individu à travers ses écrits ».

 

Pour mener à bien ma thèse, j’ai mis en place une expérience : un atelier d’écriture dans ma commune de résidence, sur un an. À des fins d’authenticité, les participants ont été maintenus dans l’ignorance. Pendant toute une année, j’ai proposé des jeux d’écriture sur lesquels les sujets devaient écrire selon leur propre imagination. Parfois mûrement réfléchis, ces jeux d’écriture étaient également parfois complètement improvisés pour faciliter la spontanéité. Mon objectif était de pouvoir dresser un profil psychologique de chaque sujet à travers la somme des écrits qu’il a pu produire tout au long de l’expérience. Si certains sujets n’ont pas joué le jeu attendu, d’autres sujets ont en revanche montré des résultats très intéressants. Pour démontrer mon allégation comme quoi il serait possible de détecter les psychopathologies les plus lourdes à travers l’écrit, je prendrai l’exemple de monsieur E, le sujet le plus caractéristique. Les autres sujets de l’atelier se sont montrés plus ou moins sains et équilibrés, ce qui n’a pas manqué de me décevoir.

Je propose ci-après d’étudier un texte de monsieur E. pour en dégager une personnalité :

« Le soleil couchant donnait aux collines avoisinantes une teinte rougeâtre. Le calme de l’instant n’était perturbé que par les battements de mon cœur et par le bruissement lent des herbes hautes ballotées par un vent paresseux. L’instant aurait pu être heureux, si elle avait été là. Mais ce n’était pas le cas. Je regardai au loin l’horizon de la mer qui se détachait péniblement de la teinte violacée du ciel. Autour, les falaises de nacre blanc donnaient une touche de clair à ce jour finissant. La hauteur donnait tant le vertige que je me voyais tomber. ».

Le recours incessant à la première personne dénote d’une très haute estime de soi. Le fait que monsieur E. attende une femme montre un besoin compulsif des autres pour exister. Cela dit, le peu de cas porté au personnage féminin fait comprendre le besoin égal de monsieur E. de déconsidérer l’autre, toujours à des fins d'existence. Enfin, son allusion à un saut du haut de la falaise est une allusion claire à une pulsion autodestructrice issue d’une violence latente. Ces considérations me font conclure que monsieur E. est doté d’une personnalité narcissique à tendance perverse.

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En retard... (partie 7 : le basculement dans l'illégalité)

Atelier du 26/06/2013

 1.KEVIN

Fin de soirée, dure journée au boulot, Kevin est crevé, et il a vraiment pas envie de se coltiner du métro compressé comme une sardine dans sa boîte pour rentrer chez lui. Mais bon, il est comme tout le monde, il a pas le choix. C’est donc résigné qu’il descend dans ce trou aménagé pour y faire passer des trains. Mais quand il rentre dans le métro, surprise, celui-ci n’est pas bondé. Mieux encore, il y a une place de libre ! Kevin s’y précipite, ignorant superbement la grand-mère qui convoitait certainement d’y soulager son dos. Kevin sort juste d’une grippe, lui aussi il est crevé, c’est bon hein. N’empêche, cette place, c’est une chance. Mais pas illogique cela dit, Kevin lisait encore l’horoscope ce matin, et pour les Taureaux ça disait : au travail, ce sera pourri –ça s’est vérifié–, en amour, ce sera pas reluisant non plus –il s’est rien passé, comme depuis 3 ans maintenant, donc on peut dire que ça s’est vérifié aussi–, et côté chance, là par contre ça devait sourire. Et ben voilà, une place dans le métro, c’est déjà ça. Soudain, il sent quelque chose sous son pied qui traîne nerveusement sous son siège. Se baissant, il découvrit un improbable cadeau, une clef USB. Quel coup de bol, lui qui avait justement perdu la sienne la semaine dernière ! Kevin était rassuré, la fin de la journée allait lui sourire. Franchement, des fois, ils sont balaises ces astronomes !

2.HENRI & VINCENT

Henri pianota nerveusement son code d’accès sur la porte blindée. D’ordinaire il faisait ça machinalement, faut dire que dans les couloirs du ministère de la défense, y’en a partout des portes comme ça, au point qu’il faut faire trois fois son code pour aller aux toilettes. Pas très pratique quand même, mais au moins, ça force l’habitude. Pourtant cette fois, Henri dût s’y reprendre à deux fois pour faire son code. Il était un peu nerveux. Il devait aller voir Vincent, son supérieur hiérarchique, et il n’avait pas de bonnes nouvelles.

-        « Vincent ! » s’exclama-t-il bruyamment en entrant assez impoliment le bureau. « Je suis mal embarqué, je ne retrouve plus la clef USB ! ».

-        « Quelle clef ? » demanda Vincent apparemment accoutumé des aises de son collaborateur.

-        « Celle avec les derniers plans de l’OTAN en cas d’attaque terroriste sur Kaboul. »

-        « Quoi ? Tu te fous de moi ? Mais comment tu as pu… Non, en fait je ne veux pas savoir. Le type de l’OTAN débarque la semaine prochaine, il nous faut ces plans sinon les français vont encore passer pour des guignols. Tu te démerdes comme tu veux Henri, tu as retrouvé cette clef d’ici-là. Je te fais pas un dessin de ta carrière si tu l’as pas ».

Henri acquiesça et retourna sans mot dire dans son bureau. Il était vraiment mal embarqué.

3.KEVIN

Kevin brancha la clef USB dans son PC. Évidemment, y’avait des documents dessus. Il avait secrètement espéré qu’il s’agisse de la clef d’une jolie nana qui aurait enregistré des photos cochonnes avec son mec. Ou une sex-tape. Ou encore mieux, des photos ou une vidéo, mais entre filles ! Mais non, rien de tout ça. Des schémas. Compliqués. Vachement compliqués. Oulalà. En fait, on dirait un truc secret. D’ailleurs, y’a l’image bleu-blanc-rouge avec la fille avec son bonnet là, en bas à gauche. Et y’a écrit ministère de la défense. Mieux, y’a écrit secret défense ! C’est sûr, c’est des documents d’agents secrets !!! Kevin se dit quand même qu’il devrait la ramener. Si ça se trouve, c’est les plans d’une nouvelle arme, et comme il les a vu, les agents secrets auront pas d’autre choix que de lui donner des thunes pour qu’il se taise. Ou autre !

4.PIERRE

Pierre soupira comme il en avait souvent l’habitude. Non pas qu’il fut d’un naturel râleur, n’était-il pas, après tout, celui qui faisait toujours les conneries et faisait marrer les copains depuis tout petit et jusqu’à l’école de police ? Mais franchement, la vie de flic, c’était pas ce qu’il espérait. Bien sûr, il n’avait jamais rêvé de sauver la veuve et l’orphelin, ça honnêtement, quand on a grandit dans la cité, on s’en moque un peu. Bien sûr aussi, l’attribution de poste dans les pires banlieues qu’on réserve toujours aux jeunes fonctionnaires histoire de les bizuter un peu, ça l’avait pas désolé plus que ça. Il avait grandi dans un coin similaire après tout. Non, ce qui le faisait vraiment soupirer, c’était le boulot en lui-même. Lui, il voulait de l’action, espionner, interpeller, courser en voiture… Et pas rester croupir toute la journée derrière un guichet à remplir la plainte du 800ème mec à qui on a encore fauché son portable ! Et sans parler de la paye, une misère ! Être payé aussi mal pour risquer sa peau –enfin, pas la sienne–, y’a quand même de quoi soupirer une nouvelle fois…

…ce que Pierre ne manqua pas de faire quand entra un jeune homme dans le commissariat et se dirigea vers lui. Certainement encore une plainte… Mais non, le type lui raconte avoir trouvé une clef USB, avec des plans secrets d’on-ne-sait-quoi. Pierre n’y crut pas une seconde jusqu’à ce qu’il voie lui-même les fameux documents. Incroyable, mais vrai. C’étaient de véritables plans, d’un avion apparemment, classifiés, avec la Marianne du ministère de la défense. Pierre compris immédiatement qu’il pourrait tirer un bon prix de ça. Il avait connu un tuyau, un pote qui filait des docs pour des sortes d’agents secrets d’un obscur pays en « stan ». Ils donneraient sans doute un bon prix pour ça. Bon, c’était quand même un peu limite, mais tant pis, la France elle a qu’à pas le payer aussi mal. Faut manger quand même !

5. KEVIN

Kevin rentra chez lui sans sa clef USB. Le flic la lui avait confisquée, bien sûr. Mais lui, il en avait fait une copie chez lui, quand même, par sécurité. Et il l’avait mentionné au flic, il s’était dit que s’il voulait récupérer un peu de sous il fallait la jouer honnête. Du coup, le flic lui avait dit de garder le secret pour lui, de rentrer à la maison et d’attendre la venue des agents du ministère. Cela faisait déjà quelques jours et les agents ne venaient pas. Kevin commençait à se demander si on s’était pas foutu de lui.

6.PIERRE

Pierre soupira. C’était vraiment trop con ce qui venait de lui arriver. Il avait activé son tuyau, et devait rencontrer deux bonhommes dans la semaine. Mais quand il les rencontra, il n’avait plus la clef USB, et pour cause, le soir même où il l’avait confisquée sa crétine de femme avait décidé qu’il était temps de mettre les vêtements en machine et au sèche-linge, et comme la clef était dans sa poche… Ben voilà, bousillée la clef. Il n’était pas d’un naturel colérique, mais là franchement, la madame, elle avait mérité sa torgnole. Du coup, quand les types sont arrivés, un certain Yvan et un certain Alexandre, prénoms qui soit dit en passant évoque pas vraiment le trucmuchistan, et bien, il a été obligé de les rediriger vers ce Kevin je-sais-plus-quoi dont il avait pris les coordonnées. Il leur avait dit de se faire passer pour des agents du ministère de la défense, et avait espérer obtenir une petite commission pour le tuyau. Ils avaient répondu « on te paiera quand on aura les documents ». Mouais… Pierre doutait qu’ils reviennent le voir un jour, et pensait plutôt s’être bien fait enflé. En tout cas, en attendant, lui n’avait plus qu’une seule chose à faire, écouter les gens se plaindre à son guichet.

7. KEVIN

Kevin regarda l’enveloppe d’un air circonspect. Il se demandait s’il avait eu tant de chance que ça finalement. Certes, les deux agents du ministère de la défense, l’agent Yvan et l’agent Alexandre avaient bien fini par venir. Certes, ils lui avaient donné de l’argent contre son silence, comme il l’espérait. Pas énormément, mais c’était déjà ça. Et Kevin leur avait demandé de lui faire signer un papier officiel. Parce qu’on la lui faisait pas, à Kevin, lui il voulait pas d’embrouilles, c’était peut être secret, mais fallait que ça soit légal. Et on lui a toujours dit, pour que ce soit légal, faut un papelard ! Et les agents, après s’être regardés franchement bizarrement, le lui avait donné. En fait c’était plutôt l’instant d’après qui l’a inquiété, le moment où l’un des deux types a sorti son flingue pour le menacer de mort s’il parlait d’eux. Ça, il s’y attendait pas, même pour des agents secrets, surtout qu’il venait de leur donner un coup de main ! Et il s’attendait encore moins à ce que les agents lui piquent son ordinateur, surtout quand il y a à peine de quoi le racheter dans l’enveloppe ! Non franchement, Kevin commençait à douter.

8. HENRI & VINCENT

Henri débarqua, une fois n’est pas coutume, sans frapper dans le bureau de Vincent. La moiteur de sa chemise n’arrangeait pas son apparence déjà entamée par une bien déraisonnable obésité. Henri pourtant avait l’air soulagé.

-        « C’est bon je l’ai ! » clama-t-il d’un air triomphant.

-        « La clef ? Tu l’as récupéré ? Où ça ? » demanda Vincent avec pour sa part une certaine nervosité.

-        « En fait elle était rangée dans l’armoire sécurisée, mais comme d’ordinaire j’y mets jamais rien dedans, j’avais pas pensé à y jeter un œil ».

Vincent baissa les yeux comme pour traiter son collaborateur d’incapable, mais n’en fit rien. Il en avait tristement l’habitude.

9. KEVIN

Quand des gars du contre-terrorisme débarquèrent chez lui en défonçant quasiment la porte, Kevin ne comprenait plus très bien. Et il comprit encore moins quand on l’accusa de complicité avec des terroristes du Daguestan, de leur avoir fourni des plans classifiés contre rémunération, et d’en avoir gardé une trace écrite –drôle d’idée d’ailleurs– signée de sa main ! Lui jurait n’avoir fait que filer en toute légalité un coup de main à des agents secrets du ministère de la défense ! Et quand un des gars lui dit que les terroristes avaient été arrêtés et que les documents qu’il leur avait transmis étaient bidons, mais que y’avait peu de chances que ça soit considéré comme une circonstance atténuante par le juge, là il ne comprit plus du tout. Il ne put faire qu’une chose, maudire les astronomes qui vous font croire dans leurs horoscopes que les Taureaux malheureux au travail et en amour pourraient avoir de la chance ailleurs.

10. HENRI & VINCENT

Vincent frappa à la porte d’Henri avant d’entrer. On venait de lui signaler qu’il manquait une clef USB dans sa section, or Henri jurait avoir retrouvé celle qu’il avait perdu. Quand il s’enquit de comprendre de quoi il retournait, Henri s’attela à le rassurer :

-        « T’inquiètes pas Vincent, la clef qui a été perdue, c’est pas celle de l’OTAN, c’est une autre qui n’a rien à voir, c’était une à moi, y’avait rien de vraiment sérieux dedans. »

Vincent ne comprenait plus rien à ces histoires de clef USB.

-        « Mais si on vient de me le signaler, c’est que c’est une clef du ministère ! » s’exclama-t-il en perdant légèrement patience, ce qui était rare chez lui « qu’est-ce que c’est que cette histoire ? »

-        « Ben… » répondit l’autre, penaud « tu sais que mon fils et moi, on est passionnés par les maquettes. Une fois j’ai même fait une tour Eiffel avec des allumettes et on m’a invité à un dîner mondain pour en parler. Là, comme c’était l’anniversaire de mon fils, je lui avais dessiné les plans d’une superbe maquette d’avion, un Mirage super réaliste. Pour l’impressionner, j’avoue avoir pris les en-têtes secret défense du ministère, avec la Marianne et tout. Et comme j’avais fait ça sur mon ordinateur ici et que j’avais rien sous la main pour lui apporter ensuite, j’ai pris une clef du ministère et… je l’ai perdu dans le métro. Y’avait rien de vraiment confidentiel dessus. Mais t’inquiètes pas, je suis passé chez Toy’s are us lui acheter une maquette d’avion, et au final il était très content ! »

Vincent ne savait pas par quoi commencer, entre dessiner des maquettes au boulot ou prendre des clefs USB du ministère comme si de rien n’était. Il observa finalement un instant de silence pour réfléchir, durant lequel il se remémora une étrange histoire qu’il avait entendu ce matin même à la machine à café. Des gars de l’Intérieur de passage racontaient qu’on venait d’arrêter un type qui avait quand même réussi à vendre à des terroristes daghestanais les plans d’un jouet en forme d’avion en leur demandant en plus un reçu ! Ils s’en bidonnaient tellement que l’un d’eux avait renversé son café, et l’espace d’un instant, Vincent se demanda si ça pouvait avoir un lien avec tout ça. Se reprenant, il fit un choix sur l’ordre de ses reproches et déclara d’un ton sévère :

-        « Henri, prendre les clefs USB du ministère pour un usage privé, c’est illégal. »

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En retard... (partie 6 : la méprise)

Atelier du 27/03/2013

 

La première fois qu’elle lui avait envoyé sa photo, il cru tomber des nues. Des cheveux auburn encerclant un visage poupon, un sourire léger et des yeux clairs qui semblaient interroger le photographe. Jamais dans la vie réelle il n’aurait pu espérer attirer l’attention d’une si belle jeune fille. Pas vilain garçon, mais terriblement timide, il ne parvenait guère à dissimuler son manque de confiance en lui quand il devait aborder quelqu’un, si bien qu’il en était presque à s’excuser de ne pas atteindre les critères de perfection qu’il s’imposait et qu’il croyait exigés pour être considéré comme attirant. De fait, alors qu’il voyait ses proches progresser dans la vie, se trouver, s’installer, lui restait seul. Pour compenser il avait créé dans sa chambre un univers rassurant où il pourrait se réfugier quand sa solitude affective le taraudait trop. Dans ces moments, son ordinateur devenait son principal lien social avec le monde, l’écran et l’anonymat du net devenant des remparts protecteurs face à sa peur de l’autre.

Sa vie changea quand il la rencontra sur la toile. Au départ, elle n’était qu’un pseudonyme qu’il eut le courage d’aborder, puis, c’était une personne dont il ne connaissait que des mots sur un écran. Mais le courant passait. Il pouvait y aller petit à petit, confier sa timidité et le pourquoi. Car cette retenue envers les autres, bien handicapante, a souvent des origines traumatiques. Pour lui, c’était une banale histoire d’un père volage. Pris en flagrant délit d’adultère il y a bien longtemps, le père en question avait réussit à se faire pardonner et à maintenir son couple. Mais il y a quelques mois, bien des années après la première tromperie, la mère se rendit compte qu’il n’avait jamais renoncé à sa maîtresse. Cette fois, le divorce était consommé. Lui voyait toujours son père, et même s’il admirait secrètement ses capacités à tromper son monde, il ne lui pardonnait pas d’avoir mené ainsi une double-vie. De plus, au chômage depuis plusieurs années maintenant, il n’envoyait guère de pension alimentaire.

Elle aussi avait son histoire. Un père absent, car toujours en déplacement. Un diplomate de haut-rang apparemment. Même les fêtes, ils ne les passaient pas ensemble. En tout cas, elle le comprenait. Quelque part, ils s’étaient trouvés. Ainsi, quand ils se rencontrèrent la première fois, il ne la craignait plus, il la connaissait, il était en confiance. Il trouva même le courage de l’embrasser.

Depuis ce temps, il ne trouve plus de qualificatif pour mesurer son bonheur. Chaque rencontre est plus intense que la précédente, lui qui se croyait incapable de plaire à quelqu’un. Et la voilà qui l’invite à passer le réveillon chez elle. Son père à elle est là, pour une fois. Elle pourra le lui présenter, et lui pourra profiter d’une vraie famille.

Quand il arrive tout apprêté pour l’événement, c’est elle qui lui ouvre la porte. Ils se prennent dans les bras l’un de l’autre, ils s’embrassent. Soudain, il entend un verre se briser sur le carrelage de l’entrée. Alors qu’il relève la tête, il voit son propre père, le fixant figé et bouche bée. Lui, venait d’embrasser sa sœur.

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En retard... (partie 5 : le dialogue des objets)

Atelier du 13/03/2013

 

Environnement familier choisi : Le bureau / bibliothèque de la maison

 

PERSONNAGES : L’ÉCRIVAIN, L’OUVRAGE SAVANT, LE ROMAN DE GARE, LA BANDE-DESSINÉE, LA REVUE DE CHARME

 

L’homme arrive comme à son habitude à 14h00 dans sa bibliothèque, qui lui fait aussi office de bureau. C’est qu’il est écrivain, il a besoin de calme pour se concentrer. Il ne s’attendait pas à assister à la conversation qui va suivre…

 

LA BANDE-DESSINÉE : Hé les gars ! Ça y est, le voilà qui arrive. Vous croyez qu’il va réussir à écrire aujourd’hui ?

LE ROMAN DE GARE : Je sais pas, hier il a eu du mal à démarrer, mais il s’est bien repris ensuite.

LA REVUE DE CHARME : Ah ça, je confirme qu’il est lent au démarrage.

L’OUVRAGE SAVANT : Mais qui parle donc ?

LE ROMAN DE GARE : Je crois que c’est la revue porno qu’il a amené l’autre jour. Elle est sous le bureau. C’est la première fois que je l’entends.

L’OUVRAGE SAVANT : Répugnant…

LA BANDE-DESSINÉE : Au moins c’est graphique…

LA REVUE DE CHARME : Désolé, j’osais pas trop parler, c’est que je me sens pas trop dans mon élément ici… D’ordinaire je suis aux toilettes planquée sous la pile de Paris Match. Je sais pas ce que je fous là. Il avait peut-être besoin d’inspiration pour le personnage féminin ? Du coup, vous qui êtes là depuis longtemps, vous savez de quoi ça parle, ce qu’il écrit ?

LA BANDE-DESSINÉE : Ouais, c’est une sorte de roman policier, pour un éditeur célèbre… C’est pas révolutionnaire, mais c’est efficace. Pas assez imagé à mon goût.

LE ROMAN DE GARE : C’est génial !

L’OUVRAGE SAVANT : C’est pathétique.

LE ROMAN DE GARE : De toute façon, toi l’intello, y’a jamais rien qui te conviens.

L’OUVRAGE SAVANT : Enfin, soyons sérieux cinq minutes, le personnage principal n’a aucune profondeur…

LA REVUE DE CHARME : De la profondeur, c’est-à-dire ? Comme… euh… Enfin vous voyez quoi…

L’OUVRAGE SAVANT (soupire) : Mais non… Ce que je veux dire, c’est que toute fiction doit être un travestissement d’un fait réel qui doit conduire le lecteur à s’interroger sur l’état de la société dans laquelle il vit. Or là, rien. Et toi la revue, je ne veux pas t’entendre rebondir sur le mot « travestissement ».

LE ROMAN DE GARE : Quel snob celui-là ! Franchement, une bonne intrigue, une bonne romance, et hop ! Emballez, c’est pesé ! Regarde Agatha Christie, on peut cartonner sans refaire le monde toutes les cinq lignes.

LA BANDE-DESSINÉE : Moi, de toute façon je trouve que le roman est un genre qui s’étale trop. Il faut du cinématographique ! Mais vu comment il dessine… L’autre jour, il a essayé de croquer son personnage principal…

LA REVUE DE CHARME : Et ça ressemblait à quoi ?

L’OUVRAGE SAVANT : Un Bertrand du Guesclin de bas étage.

LA BANDE-DESSINÉE : Un schtroumpf.

LE ROMAN DE GARE : Un nabot quoi.

L’OUVRAGE SAVANT : Le problème c’est qu’il n’a pas de bonnes sources d’inspiration. Moi, il ne me feuillette jamais.

LA REVUE DE CHARME : Moi il me feuillette…

L’OUVRAGE SAVANT : Pas sûr que ça aide. Le roman de bas étage, lui aussi est fréquemment consulté. On voit le résultat.

LE ROMAN DE GARE (s’énervant) : C’est de moi qu’il parle, le Goncourt là ?

LA BANDE-DESSINÉE : Vous pouvez pas arrêter de vous engueuler cinq minutes oui ? C’est bien la peine de pas avoir d’oreilles… Moi je pense qu’il devrait s’essayer à autre chose. Je sais, de la science-fiction, du fantastique… Ça cartonne en BD !

LA REVUE DE CHARME : Ça cartonne ? Y’avait une blague là ?

L’OUVRAGE SAVANT : Bonne idée ! Du Edgard Allan Poe ! Du Isaac Asimov !

LE ROMAN DE GARE : Du George Lucas !

L’OUVRAGE SAVANT : Je rêve…

LA BANDE-DESSINÉE : Chuuut ! Attendez les gars, je crois qu’il allume la cheminée !

LE ROMAN DE GARE : Il a froid ? En été ?

L’OUVRAGE SAVANT : Non, je crois qu’il veut se débarrasser de vieux bouquins inutiles. Salut les bouseux, ce fut un plaisir.

 

L’ouvrage savant fut le premier à partir au bûcher. La revue fut épargnée, mais elle retourna sous les Paris Match.

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En retard... (partie 4 : le jeu du dictionnaire 2)

Atelier du 06/02/2013

 

            Je mets mes corozos sur la table et retrouve Sophie. Je lui offre le bouquet de fleur que je viens d’acheter à la saurisserie, cette boutique spécialisée dans les cadeaux d’excuses. La nuit dernière, elle m’a surpris dans le lit avec une autre, et elle avait été très vexée que ce soit Liliane, sa meilleure amie. Elle accepte le bouquet, mais ne peut s’empêcher de me faire une réflexion :

-                « Tout de même, tu aurais pu choisir une inconnue, moi je fais toujours l’effort de prendre des hommes de passage. Maintenant, ça va jaser autour de nous. Et puis, tout le monde sera là ce soir opodeldoch ! Franchement… Enfin bon, c’est fait c’est fait ».

Je la rassure en lui disant que je répéterai à tout le monde que Liliane était un mauvais coup. Sophie se radoucit. Nous sommes amoureux, pas comme ces couples qui s’engagent. L’engagement, c’est toujours signe que ça va mal. Je lui demande de me raconter sa journée.

-                « Oh, comme tu m’as trompée, je suis allée chez une voyante » me dit-elle. « J’étais forcément un peu embarrassée quand j’ai dû baisser ma culotte pour lui montrer ma rai-de-cœur, mais après avoir lu dedans elle m’a assuré que je serais encore longtemps heureuse en amour, ça m’a rassuré ».

Heureux que tout se soit passé pour le mieux, je la prends par le bras. Il est temps d’aller fêter le doctorat de Martin à l’opodeldoch organisé en cet honneur, qui doit ensuite être suivi par un dîner chez Pierre et Colette, un couple d’amis de Martin et moi, mais plus riches et plus âgés. Pierre était en réalité l’ancien directeur de thèse de Martin. Sophie me dit que la rumeur prétend que Colette s’apprête à annoncer un heureux événement. Peut-être est-elle préceinte ?

             Nous arrivons dans la maison de Pierre et Colette. C’est une belle demeure du XVIIIe siècle avec un immense jardin. Martin est un peu éméché, et conte fleurette à Liliane. Elle et moi avions discuté au opodeldoch, je lui avais expliqué que pour le bien de mon couple je devrai la dénigrer. Elle s’est montrée très compréhensive.

-                « Avec le succès que j’ai en ce moment, écorner mon image ne peut pas me faire de mal. Franchement, deux semaines sans dormir une fois à la maison… ça m’épuise », m’avait-elle dit alors.

Mais maintenant que nous voilà chez Pierre, je constate que je n’y suis pas allé assez fort, en tout cas pas assez pour un Martin éméché. J’essaierai d’être moins tendre au dîner, ça rendra doublement service, à Liliane et à Sophie.

-                « Oh, regarde le gazon ! » s’écrit alors Sophie. « Là, un brin d’herbe en forme de cheval, et là, en forme de tuba ! ».

-                « Oui, j’ai passé le rotangle, et j’en suis très satisfait, ça donne des formes très originales » nous dit Pierre en descendant de son perron pour nous accueillir. « Par contre, la machine est capricieuse. Tenez, là-bas, à côté des pétunias, il ne m’a coupé l’herbe qu’en forme de petits soldats, on croirait l’armée de terre cuite ! ».

Nous arrivons finalement à table. Colette a préparé des cailles farcins. Le repas se passe, et le couple semble ému. C’est finalement arrivé au dessert que Colette nous annonce l’heureux événement.

 -                  « Ça alors ! » s’écrit Sophie à mon bras alors que nous rentrons chez nous. « Pierre et Colette divorcent, c’est génial ! ».

-                « Ils ont mis fin à treize ans d’engagement, c’est vrai que c’est pas mal, de nos jours » renchéris-je. « Ils vont pouvoir avoir de nouveau des aventures, ça va les rapprocher ».

-                « Oui » fait Sophie, « je me souviens de leur mariage. Quelle tristesse ! Colette a porté le deuil pendant des mois ».

-                « Et puis » reprends-je, « sans vouloir être matérialiste, on leur avait offert une superbe argenterie pour alléger leur peine. Je suis bien content qu’on la retrouve, j’en ai marre de manger dans des assiettes en arcopal ! Heureusement qu’ils redistribuent les cadeaux de mariage ! »

En fait, je pensais que Colette serait préceinte, mais a bien y réfléchir, cela aurait été difficile, vu que comme tous les couples mariés, Pierre et Colette ne consommaient plus. Soudain, Sophie prend un air gêné.

-                « Désolé » me fait-elle, « il faut que je tourne à gauche maintenant. En fait, je ne dors pas à la maison. Ce soir, je te trompe ».

-                « Ah bon ? » fis-je surpris. « Pourtant tu as l’air gênée, qu’est-ce qui ne va pas ? »

-                « C’est que… tu le connais. C’est Martin. Il me faisait tellement de peine avec Liliane que je lui ai promis de le rejoindre. Et puis, c’était son opodeldoch, c’est quand même quelque chose à fêter ! ».

Bien sûr, ayant moi-même à me faire pardonner, je l’excuse et me résous à dormir seul. Un couple est fait de concessions.

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En retard... (partie 3 : le jeu du dictionnaire 1)

 Atelier du 16/01/2013

 

Corozo :  n. f. Se dit d’une personne exprimant un grand courage « il pose ses corozos sur la table ».

                 Etym. : Expression d’origine turco-ouzbèke, probablement entrée dans les mœurs de l’armée française lors de la guerre de Crimée par un bataillon qui se serait perdu.

 

Saurisserie :   n. f. Anglicisme désignant des boutiques spécialisées dans la vente de produits destinés aux excuses. Les saurisseries vendent généralement beaucoup de fleurs aux maris trompeurs, d’où l’expression « quoi que vous disiez, dîtes-le avec des fleurs ».

 

Rai-de-cœur :   n. f. Nom désignant la partie supérieure centrale du fessier. La rai-de-cœur est, en parallèle de la rai-de-vie et de la rai-de-chance, traditionnellement observée par les voyants pour déterminer les succès en amour. Les rais-de-cœur courtes peuvent être considérées comme signe de malchance.

 

Farcin :    (définition véritable) n. m. Nom donné à la morve dans ses manifestations cutanées (boutons, abcès, ulcères, kystes), les fosses nasales n’étant pas atteintes.

 

Opodeldoch :    n. m. Nom désignant une soirée arrosée destinée à célébrer l’obtention du doctorat par un thésard. S’utilise souvent sans article dans le langage courant « je vais opodeldoch ».

 

Rotangle :    n. m. Instrument motorisé de jardinage ayant la particularité de couper le gazon selon des angles créatifs et originaux. Passer le rotangle de manière circulaire permet d’obtenir une coupe perpendiculaire, d’où l’expression « tondre à rotangle droit ».

 

Préceinte :   adj. Adjectif désignant l’état de la femme entre l’acte de reproduction et la fécondation. Fonctionne aussi pour les autofécondations, les fécondations spontanées et les Immaculées conceptions.

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En retard... (partie 2 : le rendez-vous)

Atelier du 09/01/2013

 

Le réveil sonne à 6h30. La tête encore à Morphée, il se rend compte qu’on est samedi, qu’il a oublié de couper cette foute sonnante et qu’il aurait pu faire grasse matinée. Il se recouche, mais en vain, il ne peut plus fermer l’œil. Le stress est trop intense, car aujourd’hui c’est LE jour, celui où il doit lui demander. Faute de sommeil, il se repasse le film dans la tête. Il l’invite au restaurant près de la plage, un bouquet de primevères à la main –ses fleurs préférées–, lui commande le feuilleté de homard puis le tournedos Rossini avec écrasé de pommes de terre à ma façon, accompagné d’un château Pétrus 2005. Trop excité, il finit par se lever et se traîne fébrile jusqu’à la douche. L’eau glacée finit de le réveiller, tandis que d’un cri il s’empresse d’ajouter de l’eau chaude afin d’équilibrer une température mal dosée. La toilette matinale achevée, il enfile sa chemise et boutonne samedi avec dimanche. Quelques essais et ratés plus tard, c’est bien habillé qu’il sort dans le boulevard pour prendre sa voiture. En chemin, la charmante voisine lui fait un agréable sourire, mais pour lui c’est fini les aventures, il fait le choix de l’engagement. Se rendant compte qu’en réalité il a beaucoup de temps devant lui, il décide d’aller se calmer au cinéma. Un bon blockbuster américain, du genre je pose mon cerveau à l’entrée et je le reprends à la sortie, rien de tel pour se vider la tête et ne penser à rien. En sortant, il part déjeuner, puis cinéma à nouveau, encore un navet. L’ouvreuse lui sourit, mais il se détourne de la tentation. La soirée arrive, il est plus que temps de commencer le programme : direction la voiture, puis la joaillerie, le fleuriste, et le restaurant. Il s’est entendu avec le serveur, il lui glissera la bague à l’arrivée et la lui servira dans une coupe de champagne avant le dessert. C’est alors que le premier grain de sable apparaît, un mauvais génie lui a crevé les pneus. Pas le choix, il doit prendre le bus. La chauffeuse lui sourit, mais lui sait qu’il perd du temps. Arrivée à la joaillerie, la bague est prête. Il ne prend pas garde à l’air attristé de la joaillière quand il ressort et fonce chez la fleuriste. Quand il arrive, il entre en même temps qu’une magnifique jeune femme blonde qu’il ne connaît pas, et qui ne lui sourit pas, sinon par politesse. Les deux demandent en chœur des primevères, et, triste hasard, il ne reste plus qu’un bouquet.

Continuer sur 1) ou 2)

1)… Oubliant toute galanterie, il insiste et prend au nez et à la barbe de la jeune femme blonde le dernier bouquet de primevères. Il fonce dans le bus, qu’il a de justesse, et se dirige vers la plage. Quand il arrive au restaurant, il confie la bague au serveur, puis va au point de rendez-vous. Bien sûr, elle est là.

 

Le soleil se couche à l’horizon. Il réfléchit à la portée de son geste. Ils se sont engagés. La culpabilité ne lui effleure pas l’esprit, il est d’ailleurs convaincu qu’elle lui a toujours été, et restera, fidèle.

2)… Emporté par la galanterie, il laisse le dernier bouquet à la jeune femme. Il ne reste que des jonquilles, il s’en contentera. Les fleurs se font attendre, c’est que les jonquilles ne sont pas prêtes, et le sourire nostalgique de la fleuriste ne rattrape pas le fait que du coup, il rate le bus et doit attendre le suivant. Quand il arrive au restaurant, en retard, il confie la bague au serveur, puis va au point de rendez-vous. Curieusement, elle n’est pas là.

Le soleil se couche à l’horizon. Il l’a attendu, puis l’a aperçue au loin, s’éloignant sur la plage enlacée avec une jeune femme blonde, un bouquet de primevères à la main. Le serveur vient le voir, il lui rend la bague et… lui sourit ! Apparemment, il aime bien les jonquilles. Il ne sait pas quoi en penser.

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En retard... (partie 1 : La liste de mots)

Atelier du 03/10/2012

 

Liste de mot reçue

 -        Farine

 -        Boulanger

 -        Fleur

 -        Pétrir

 -        Fleurir

 -        Aimer

 -        Entendre

 -        Paresseuse

 -        Chemise

 -        Singe

 

Expression choisie

 -        La vue du sang

 

            La vue du sang le fait hésiter. Il y a peut-être été trop fort ? Il ne sait pas, il n’avait jamais été aussi loin. Étrange moment suspendu, elle chemise ouverte étendue au milieu des fleurs, paresseuse attendant la suite, et lui empoté, surpris par son propre comportement, à l’arrêt. Le champ en jachère fleurit par cette matinée printanière, au loin on entend les bruits du village. Le boulanger sort sa farine du camion et s’apprête à pétrir la pâte, le boucher amène la viande de la ville pour la préparer. D’ordinaire il aime ces passages en dehors du temps, où l’on s’arrête de penser pour apprécier tous les détails du monde qui nous entoure. Mais pas cette fois, cette fois il a un peu honte de lui, il a l’impression de régresser, que l’homme qu’il est redevient singe. « J’ai été brutal » pense-t-il. Elle, clairement, attend de savoir ce qui va se passer ensuite. A-t-elle mal ? Y prend-t-elle un malin plaisir ? Elle n’a pas crié, peut-être n’a-t-elle pas souffert ? Le soleil se lève et les voilà immobiles au milieu d’un champ. Pourtant, quelques heures plus tôt alors que la lumière de la lune filtrait à travers les nuages, l’échange était passionnel, la flamme du premier amour naissant brûlait entre ces deux amants ignorants. Puis il s’est emballé, il s’est emporté, ses gestes se sont faits plus directs, plus puissants, oubliant jusqu’à sa partenaire. « Ai-je été trop loin ? » se demande-t-il. Il ne sait plus s’il doit se retirer ou aller jusqu’au bout. La lumière éclaire le filet de sang qui goutte doucement dans l’herbe. Il se rend compte qu’il ne lui a jamais demandé son avis. En même temps, c’était leur première fois.

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08 septembre 2013

Pensée de Perpi pour mon frère

Vous me manquez les amis!

 

Matthieu, 8 lettres pour un si petit frère

Matthieu, 8 lettres et déjà, un père

Matthieu, un papa, mon frère

Mon si petit frère papa

quelques centimètres blottis

au creux du ventre de ta passade de toujours

quelques centimètres du plus bel amour

 

 

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12 février 2013

Atelier du 6 février: Les mots intrus

Atelier du mercredi 6 février 2013

Les mots intrus

Saurisserie – Corozo – Rai-de-cœur – Opodeldoch – Préceinte – Rotengle – Farcin

 1.

C’est l’aube du 7ème jour. L’éternel a pratiquement fini son travail de création de l’univers. Il en est aux toutes dernières finitions et avant d’aller se reposer il doit encore fignoler les rotengles puis ranger son matériel. Toutefois il est un peu étonné de l’absence d’Adam qui, soit disant, devait être là à la première heure pour lui donner un coup de main. Tu parles ! En créant Eve et le jour de repos, l’éternel avait inventé, sans même s’en rendre compte, la grasse matinée et tout ce que ça suppose. Bon. D’un autre côté il leur avait bien dit de se multiplier… alors normal que les deux tourtereaux s’y mettent tout de suite. Mais quand même, en plein jour, au risque d’être surpris par des promeneurs ou des enfants ! Ah, c’est vrai que pour l’instant ils sont seuls au monde, alors pas de risques.  En remisant son outillage dans la sacoche, l’éternel voit à quelques pas un gros buisson de lentisque s’agiter  à nouveau. Est-ce une saurisserie entravée dans les branches ? Non, il en provient des gémissements et des râles qui vont s’accélérant. Non, non. Ça ne peut être qu’Adam et Eve qui remettent ça. A ce rythme-là elle est sûrement préceinte à l’heure qu’il est. L’éternel, lui, pudique et sérieux comme on le connaît, ne veut rien voir ni entendre. Mais comme de par sa nature et ses fonctions il entend tout et voit tout, il se retrouve voyeur malgré lui. Alors il essaye de penser à autre chose, car le rai-de-cœur d’Eve qu’il a, faut-il le, dire particulièrement réussi,  lui encombre l’imagination. Il n’est pas loin de midi, alors il choisit de penser à ce qu’il va manger. La gourmandise supplante parfois la lubricité et la nature toute neuve qu’il a créée est toute pleine de fruits et de légumes qu’il n’a d’ailleurs jamais goûtés. Ça ne manque pas non plus de truites sauvages, de grives et de lièvres. On trouve même de l’opodeldoch  en grappe! Bref le choix total. En plus on n’a qu’à tendre la main pour se servir. Tout en salivant déjà, il profite d’un moment d’accalmie du côté du lentisque pour interpeller Adam. « Oh, Adam ! Il est bientôt midi. Faudrait voir de se manier un peu avec ta feignasse. Je commence à avoir faim. Je bosse depuis ce matin tôt et en plus c’est mon jour de repos. Tu devais venir m’aider… mais je vois que tu as eu mieux à faire, et la seule chose qui t’intéresse, visiblement, c’est le corozo ! Hein, mon grand ?

- Oh coquin de sort, il est midi déjà ! Tu aurais dû me réveiller. Hier soir on a discuté tard avec Eve, on regardait les étoiles, c’était splendide, féérique. Le corozo n’y est pour rien, je t’assure.

- Tu vas me faire croire que vous avez regardé les étoiles toute la nuit ? Arrête un peu Adam ! J’ai les cheveux blancs et une grande barbe mais pas de farcin dans les yeux et les oreilles, moi !  Je sais bien ce qu’il s’est passé entre vous. Mais je ne vous en veux pas, c’est un peu de ma faute finalement. Tout ça n’est pas grave. Maintenant il faut manger ; rendez-vous dans un petit quart d’heure dans le verger à côté. Déjeuner sur l’herbe. Juste le temps de prendre un douche à la cascade et j’arrive.

- D’accord, éternel, répondit Adam, à tout de suite.  Je m’occupe d’allumer le barbecue.

- Oh alors on n’a pas encore mangé, dit l’éternel, va, laisse moi faire ! D’un claquement de doigt je te fais une braise à faire griller un mammouth. ! »

 

2.

Un quart d’heure plus tard, comme prévu, l’éternel était devant son barbecue  fumant, sa longue chevelure et sa barbe blanche encore mouillées. Il vit arriver Adam et Eve se tenant par la main. Adam portait un panier d’où sortait un petit col d’amphore. Il y avait aussi les fruits de sa cueillette.

« Regarde ce que j’ai pris. Une boisson rouge dans l’amphore, c’est du jus fermenté d’opodeldoch… et ces fruits-là que je ne connais pas. On pourrait les faire griller peut-être ?

- Pour sûr dit l’éternel, vous avez trouvé l’arbre à merguez au fond du jardin. C’est bon grillé ces trucs là. Mais je ne suis pas sûr de les maintenir sous cette forme végétale. Tout ça n’est pas encore au point et je pense que je vais changer quelques petites choses à la marge. Je n’ai pas bien délimité la frontière entre les végétaux et les viandes. Faudra voir. Mais oui c’est bon, c’est des merguez, ça se mange ! D’ailleurs ici tout se mange. Et toi Eve que m’apportes-tu ?

- Le pain, éternel, juste à côté de l’arbre à merguez, il y a un arbre à pain ! C’est vraiment le paradis ici.

- Ah ça tu peux le dire répondit l’éternel en souriant, en vérifiant au passage le galbe parfait de son rai-de-cœur.

- On peut dire que la nature fait bien les choses, ajouta Eve.

- La nature ? C’est moi la nature, s’exclama l’éternel. C’est moi qui l’ai inventée. Alors si les choses sont bien faites ici, faut pas oublier à qui vous le devez ! »

Estimant la braise prête il, pose sur le grill deux douzaines de merguez qui se mettent à grésiller embaumant tout le verger d’un délicieux fumet.

Pendant la cuisson ils s’installent autour d’une jolie table de bois et commencent à boire le jus d’opodeldoch à même l’amphore.

« Un peu jeune, dit Adam, mais fruité !

- Un peu jeune, un peu jeune, s’impatiente l’éternel, tu ne voudrais pas  boire un breuvage vieilli en fut de chêne, tout de même. N’oublie pas qu’il y a même pas huit jours c’était le vide et le noir absolus ici. Et ailleurs aussi. En 6 jours j’ai créé tout ça pour vous et vous voulez déjà des grands crus millésimés à tous les repas. Patience quoi !

- Excuse-moi, éternel. Tiens rebois un coup. Eve, sers les merguez, elles sont cuites.

Le repas va bon train. Eve, l’éternel et Adam se régalent de ce repas simple. Et le vin coule sans que l’amphore ait l’air de se vider...

C’est alors qu’arrive l’archange Raphaël directement du ciel. Repliant ses ailes il salue et s’assoit. L’éternel lui dit mi sardonique mi amical : « Alors Raph, on a humé l’odeur des merguez ?

- Pas vraiment seigneur, pas vraiment. Mais comme je ne vous ai pas vu au bureau ce matin j’ai préféré descendre voir si tout va bien ici bas. Et puis pour vous rappeler la consigne.

- La consigne ? Quelle consigne ?

- Ben, vous savez, lui dit-il au creux de l’oreille, on en a parlé avec les autres à la dernière réunion : paradis d’accord, mais interdit de toucher au fruit de l’arbre à merguez. Vous savez, à cause du cholestérol.

- Ah, bon dieu, dit l’éternel. J’ai complètement oublié. Trop de choses à faire cette semaine ! Mais tu vois c’est trop tard, on vient d’en manger. Bon. Voilà ce que je vais faire : de toute façon, je supprime l’arbre à merguez du catalogue. On les fera différemment, les merguez, avec de la viande. Et pour ce qui est de l’interdiction, pour la forme, je vais leur dire de ne pas manger de… de …clémentines.

- De clémentines ? Non seigneur, les clémentines n’existent pas encore, c’est un hybride que les hommes vont inventer dans pas mal de siècles.

- Ah oui, c’est vrai. Bon ; et bien disons les… les …pommes. »

Puis s’adressant à l’humanité du moment : « Adam, Eve, vous voyez cet arbre là-bas, c’est un pommier. Et ça fait des pommes. C’est bon au goût mais je vous interdis d’y toucher. C’est vu ?

- Mais pourquoi éternel s’étonnèrent Adam et Eve ? Pourquoi les pommes ?

- Parce que c’est comme ça ! Vous n’avez pas à savoir. Et je vous avertis, si vous cherchez à comprendre je vous mets dehors tous les deux. Et fini le corozo sous les lentisques ! Je suis bon, d’accord, mais c’est encore moi qui commande ici. Alors attention, tenez-vous le pour dit. Tu as bien compris Eve ?

- Oh, éternel, j’ai entendu mais y a pas que moi ici !

- Oui, je suis au courant, figure-toi. Mais avec les femmes je préfère être plus insistant. Bon, maintenant, c’est l’heure de ma sieste. Raphaël, explique leur un peu comment ça fonctionne tout ça. Tout est neuf et eux-mêmes sont nouveaux. Faudrait pas faire de bourdes au démarrage.

- A vos ordres seigneur. »

Et l’éternel s’allonge sous un figuier et commence à ronfler.

 

3.

Après le repas le barbecue a fini par s’éteindre et l’archange Raphaël, profitant de son passage, a savouré les dernières merguez. Tout en mangeant il leur explique sommairement le fonctionnement de l’univers et l’organigramme céleste.

« Archange, c’est plus qu’ange, demande Eve ?

- Et pardi ! Pour être archange il faut au moins dix mille heures de vol. On est peu là haut à en avoir fait autant : il y a Michel, Gabriel et quelques autres.  Mais des anges il y en a plein. Je crois qu’il en a trop créé, l’éternel. Du coup il y en a qui ne foutent rien. Ça crée une sale ambiance. Enfin c’est comme ça, le vieux il est trop gentil, tu lui demande une douzaine d’anges pour aller donner un coup de balai dans le farcin qui traîne sur la voie lactée il t’en crée deux cent cinquante. Dès fois il faut le cadrer, l’ancien… C’est pour ça que je suis descendu lui dire pour l’arbre à merguez, j’étais sûr qu’il allait oublier.

- Mais alors pourquoi interdire les pommes, interrogea Adam ?

- Ben ça, heu …c’est pour… c’est parce que… ah, je ne devrais pas vous le dire… mais heu… c’est pour son calvados, voilà ! Il y a peu de pommiers alors il se les réserve. Bon, mais chut, je ne vous ai rien dit ! Ah, que voulez-vous, un calva de temps à autres ça vous soutient son créateur. Surtout qu’il vit tout seul là haut.

-Ah bon, dit Eve surprise ; il n’a personne ?

- Je n’ai jamais osé lui demander répond Raphaël. Mais un jour il aurait dit à Michel, après deux ou trois calvas, que les bonnes femmes (ce sont ses mots) c’est lui qui les a créées. Mais il ne sait pas comment il s’y est pris. Il a fait quelque chose de tellement compliqué que même lui, il ne sait plus comment ça fonctionne. Alors il a préféré s’en passer et supprimer le modèle. Pour te créer toi, il a préféré changer la formule et te fabriquer avec un morceau d’Adam pour faire quelque chose de plus basique, moins sophistiqué. Cela dit, il a fait quelque chose de bien, de très beau même. Faut le reconnaître, il t’a réussi un rai-de-cœur vraiment… vraiment… »

Eve interrompit l’archange dont le regard devenait concupiscent et les ailes, curieusement, plus volumineuses. S’interrogeant pour la première fois dans l’histoire de l’humanité sur le sexe des anges et pensant avoir peut-être eu là un début de réponse, elle lui reposa la question qui fâche :

« Mais enfin pourquoi les pommes ? Au-delà du calva ont pourrait en grignoter quelques unes quand même ! C’est que je crois que je les adore. Je voudrais tellement en goûter une, une seule, une petite, Raph, allez, personne n’en saura rien...une toute petite…

- Ah non pas question, hurla Raphaël dont les ailes avaient repris d’un coup leur volume initial. Tu ne vas pas commencer. Ce qu’a dit l’éternel, il faut s’y tenir ! Adam, tiens la un peu quoi, c’est ta femme après tout. Bon maintenant je remonte et je dis au boss que je fais placer un serpent venimeux au tronc de chaque pommier. Comme ça les pommes, pour toi, c’est tintin. »

Et il s’en alla à tire d’aile, l’amphore d’opodeldoch dans sa besace.

Il fit comme il avait dit avec l’aval de l’éternel mais la suite des évènements lui prouva qu’il n’avait rien compris au génie des femmes en général ni à celui d’Eve en particulier.

Alors l’on ne fit plus les merguez qu’avec de la viande d’animaux sacrifiés, et les lentisques n’abritèrent plus jamais les doux corozos. On fit des chambres bien fermées pour les corozos légitimes et de maisons closes pour les illégitimes.

Et Eve et ses filles enfantèrent dans la douleur.

C’était bien fait pour elles…

Posté par Jantoine à 18:03 - Commentaires [0] - Permalien [#]